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Lundi 9 mai 2022

La sollicitude voit les invisibles

Caroline Werbrouck
déléguée épiscopale

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (13, 10-17)

En ce temps-là,
Jésus était en train d’enseigner dans une synagogue, le jour du sabbat.
Voici qu’il y avait là une femme, possédée par un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans ; elle était toute courbée et absolument incapable de se redresser.


Quand Jésus la vit, il l’interpella et lui dit :


« Femme, te voici délivrée de ton infirmité. » Et il lui imposa les mains.


À l’instant même elle redevint droite et rendait gloire à Dieu.

Alors le chef de la synagogue, indigné de voir Jésus faire une guérison le jour du sabbat, prit la parole et dit à la foule : « Il y a six jours pour travailler ; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat. »


Le Seigneur lui répliqua :


« Hypocrites ! Chacun de vous, le jour du sabbat, ne détache-t-il pas de la mangeoire son bœuf ou son âne pour le mener boire ? Alors cette femme, une fille d’Abraham, que Satan avait liée voici dix-huit ans, ne fallait-il pas la délivrer de ce lien le jour du sabbat ? »

À ces paroles de Jésus, tous ses adversaires furent remplis de honte, et toute la foule était dans la joie à cause de toutes les actions éclatantes qu’il faisait.

La sollicitude voit les invisibles

Jésus dans l’Évangile voit les invisibles dont la femme courbée qu’il va guérir un jour de Sabbat, c’est-à-dire qu’il va la réintégrer dans la communauté humaine et religieuse, lui redonner sa place. Elle va pouvoir se relever et être « à la même hauteur » que ses contemporains.

La sollicitude voit les invisibles.

Qui sont les invisibles aujourd’hui ? Les petits, les pauvres, les malades et ceux que l’on voudrait invisibles, ceux qui sont atteints dans leur psychisme.

Quand on voit une personne qui n’a plus de cheveux prématurément, certains détournent encore le regard, mais la plupart reconnait-là l’effet d’une chimio pour combattre le cancer. Et Dieu merci on fera plus volontiers un sourire, un regard appuyé à cette personne en signe de solidarité.

Mais qu’en est-il des personnes dépressives, atteintes de schizophrénie, de bipolarité… ? On fait bien souvent comme si on ne voyait pas ou pire encore, elles sortent comme du regard de la société voire de l’Église. Elles se sentent souvent honteuses d’être malades dans leur esprit, sans goût ni plus envie de rien ou à l’inverse pleines de désirs qu’elles ne savent pas contrôler, d’idées bizarres, peu courantes. Parfois elles entendent des voix qu’elles ont peur d’écouter, elles luttent comme elles peuvent. Parfois elles ont été très appréciées puis quelque chose change ; un divorce, un décès, une perte d’emploi… et tout explose, elles deviennent de moins en moins visibles.

Combien de fois n’ai-je pas entendu dans les services de psychiatrie où je suis aumônière :

« Je suis un déchet de la société pour ma famille ».

« Je ne vaux rien, ma vie ne vaut rien. Autant mourir. Plus personne n’espère rien de moi ».

« Comment oserai-je encore parler à Dieu ? »

Paroles entendues par des patients et des patientes de tous âges et milieux avec en commun d’être hospitalisé en psychiatrie. Pourtant j’ai vu la solidarité à l’œil nu, la sollicitude entre les invisibles.

Notamment lors d’une messe de Noël, une patiente qui avait perdu son enfant était consolée par un patient atteint de schizophrénie. Ou de ceux qu’on appelle les invisibles envers le personnel : « des chiques offertes à vous les infirmiers, car cela ne doit pas être drôle tous les jours ».

Une interpellation entendue pendant la première vague de covid « Ai-je le droit d’être à l’hôpital en psychiatrie alors que tant de gens meurent du covid ? ».

Ceux qu’on ne regarde pas assez nous apprennent beaucoup sur l’humanité, sur Dieu.

Les invisibles, c’est aussi tous ces soignants dont on ne parle guère et qui s’évertuent à essayer que tel homme et telle femme malgré ou travers sa pathologie (alcoolisme, dépression, avec des idées suicidaires, ayant subi des abus, psychose) se redresse et ait l’envie tout doucement de s’en sortir, de ne pas se laisser manger par la maladie, la dépression, les idées noires ou obsessionnelles que ces personnes puissent dire « je » devant les hommes et pour notre part devant Dieu.

Par leur profession, leur regard, ils, elles, psychiatres, infirmiers, assistants sociaux, ergothérapeutes essayent encore et encore, regardent, écoutent, espèrent qu’un regard différent, qu’une écoute sans tabous donne à expérimenter une relation de confiance où chacun existe, et est reconnu. Dieu dit à travers toutes ces paroles « Tu es mon enfant, tu as du prix à mes yeux et je t’aime ».

Il y a beaucoup de « pas encore », beaucoup de souffrances, d’inachevé, mais il y a du « déjà-là » du Royaume ici-bas.

Sortons-le ce « déjà-là », sortons-les ces dits « invisibles » de leur invisibilité, rendons-les visibles.

Intentions

Pour toutes les personnes qui sont écrasées par la solitude,

l’indifférence, la souffrance physique ou psychique,

pour tous ceux et celles que plus personne ne remarque,

que plus personne ne regarde,

Seigneur, nous te prions.

Pour tous ceux et celles qui, dans la discrétion,

se démènent pour soigner, relever, écouter « les invisibles »,

Seigneur, nous te prions.

Pour chacun et chacune d’entre nous,

pour que nous n’oublions pas de regarder,

de prendre en compte ceux et celles, courbés ou non,

qui croisent notre route,

Seigneur, nous te prions.

Prière finale

Toi Marie, Notre-Dame de la Sarte,

tu as pour chacun d’entre nous un regard de douceur.

Mets ta tendresse dans nos cœurs,

dans le cœur de ceux qui sont ou se sentent invisibles.

 

Toi Notre Dieu,

toi qui est relation en toi-même,

toi qui est venue nous rencontrer en Jésus

ne permets pas que nos yeux se détournent.

Ouvre, change notre regard

et porte-le vers les invisibles.

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