« Le judaïsme libéral »
- Anne de Potter

- 3 mai
- 13 min de lecture
Anne de Potter

Merci de m’accueillir en votre église. J’en suis particulièrement touchée et ravie de venir à nouveau à votre rencontre.
Je dédie mes réflexions de ce soir à la sœur dominicaine qui a été attaquée hier à Jérusalem. Je lui souhaite un prompt et entier rétablissement et je suis certaine qu’elle est et sera entourée de solidarité.
Nos identités, chemin de rencontre de l’autre… ou d’opposition ? Nos identités nous rapprochent-elles… ou nous opposent-elles ? Et quel chemin prendre pour vivre une véritable rencontre ?
Le premier passage qui m’est venu à l’esprit lorsque j’ai découvert le thème de notre… rencontre, c’est un épisode du Livre d’Esther.
Ce récit relate des événements, vraisemblablement en partie réels et en partie imaginaires, situés entre le 7ème et le 4ème siècle avant J.C. Sa rédaction définitive remonterait à la fin du 2ème siècle après J.C., à peu près contemporaine de la rédaction du livre des Maccabés.
Il se situe après la destruction du Premier Temple, lors du premier exil collectif du peuple juif, à Babylone By the river of Babylon…
Le peuple juif est en exil, donc minoritaire et sans pouvoir. Un juif né en Babylonie, Mardoché (idôle babylonienne : Mardorh), a refusé de s’incliner devant Aman, le plus haut dignitaire du roi de Perse, Assuérus.
Aman va en concevoir de la haine et sa haine individuelle va se transformer en haine collective.
La nièce de Mardoché, la belle Esther (Ichtar déesse païenne), Esther est devenue reine, sans dévoiler son identité.
Elle apprend par Mardochée qu’un décret a été signé pour exterminer son peuple, à la suite de ce discours d’Aman au roi :
« 3 : 8 Puis Aman dit au roi Assuérus : "Il est une nation répandue, disséminée parmi les autres nations dans toutes les provinces de ton royaume ; ces gens ont des lois qui diffèrent de celles de toute autre nation ; quant aux lois du roi, ils ne les observent point : il n'est donc pas de l'intérêt du roi de les conserver. Si tel est le bon plaisir du roi, qu'il soit rendu un ordre écrit de les faire périr (…) » (je rappelle 2ème siècle avant J.C.).
Esther informe Mardoché que sa demande d’intervention auprès du roi peut entraîner sa mise à mort ! et Mardoché lui répond :
« Ne te berce pas de l'illusion que, seule d'entre les juifs, ton statut de reine te permettra d’échapperas au danger ».
Autrement dit, aucun refuge ne te protègera de ton identité, tu ne peux pas fuir ton identité !
Après avoir demandé à tous les Juifs de jeûner, Esther prend alors le risque d’approcher le roi Assuérus sans y être convoquée, puis l’invite à deux banquets et ose sa demande ;
« 7 : 3 La reine Esther répondit en ces termes : "Si j'ai trouvé grâce à tes yeux, et si tel est le bon plaisir du roi, puisse-t-on, à ma demande, me faire don de la vie et, à ma requête, sauver mon peuple ! 4 Car nous avons été vendus moi-même et mon peuple, pour être détruits, exterminés, anéantis (…) ».
Parenthèse pour celles et ceux qui auraient la curiosité de lire le livre d’Esther en entier, la fin n’est pas un happy end. Elle est violente et choquante, puisqu’elle décrit l’extermination de Aman et de toute sa famille… une horreur !
Mais je précise que l’histoire d’Esther est une mascarade, se situe dans une ambiance de Carnaval, et que le Carnaval pointe les interdits, autorise symboliquement, sans conséquence concrète, tout ce que l’on ne peut justement PAS faire, à savoir ici massacrer ! et non PAS une incitation à le faire. Fin de la parenthèse.
Pourquoi ce passage de l’histoire d’Esther m’est venu tout de suite à l’esprit ? Parce que le premier obstacle à une véritable rencontre est le sentiment d’insécurité.
Faut-il cacher son identité pour être acceptée ? Esther veut dire étoile, mais aussi éclipse, donc ‘lumière cachée’.
Si je tais ma judéité, on risque de se demander si j’en ai honte, si j’ai quelque chose à cacher. Si j’affirme ma judéité, que va-t-il se passer ? cela va-t-il changer la relation ? Y aura-t-il un avant et un après ? dans le bon sens… ou non ?
En quoi l’affirmation de mon identité est-elle menaçante ? Si une identité est comprise comme une origine, elle ne peut être dangereuse en elle-même. Je n’ai pas choisi mes origines. Ce n’est pas l’identité en elle-même qui est menaçante, c’est le regard posé sur elle. Mon identité est dangereuse pour moi, parce qu’elle est perçue comme dangereuse… par l’autre !
Il faut donc distinguer entre :
- L’identité reçue : toutes les indications (lieu et date de naissance, nom, prénom…) qui figuraient sur anciennes cartes d’identité, auxquelles peuvent s’ajouter la couleur de ma peau, mon accent, etc. sont des non-choix dont je ne suis pas responsable et qui ne peuvent de ce fait pas m’être reprochés).
Lorsque j’entends certains s’offusquer de l’éducation religieuse des enfants, car il faudrait les laisser ‘libres de toute influence pour les laisser décider par eux-mêmes à leur majorité’, je me dis qu’il est impossible de ne pas influencer nos enfants !
Que c’est d’ailleurs le rôle des parents ! Que ne pas leur parler de religion, de ne pas prier, etc. est loin d’être neutre. Le rabbin fondateur de ma communauté disait « Attendez leur 18 ans avant de leur apprendre à parler, comme ça, ils pourront choisir leur langue ! » Il faut leur donner des racines, mais aussi des ailes ! Donner une identité, pas une prison et des œillères !
- L’identité construite, ce que je décide de faire de mon identité reçue. La ‘carte d’identité’ d’Abraham n’a rien à voir avec son identité réelle : il a choisi de changer de pays, de quitter sa famille, de rompre avec la spiritualité idolâtre de son père ! Son nom même a changé ! À moi de choisir ce que je garde de mon héritage pour le développer à ma façon et ce que je rejette, car incompatible avec mes valeurs ! Je peux construire mon identité par mes choix.
- L’identité imposée, telle que l’autre la définit. Le judaïsme, c’est… Ah, vous les Juifs, vous êtes comme ci ou comme ça : c’est l’anti-rencontre ! Sans parler de l’obligation de vivre au ghetto, de porter l’étoile jaune…
L’identité reçue, et surtout imposée - peut donc s’avérer pesante, oppressante. C’est l’identité-sparadrap, celle dont on voudrait se débarrasser… sans y arriver.
Monsieur David Levy se rend à la maison communale. Que puis-je faire pour vous Monsieur Levy ? Je voudrais changer de nom. Ah, et comment voulez-vous vous appeler désormais ? Roger Durand. Ok, voici les formalités… Trois mois plus tard, Monsieur Dupond se rend à la maison communale. Que puis-je faire pour vous, Monsieur Durand ? Je voudrais changer de nom. Ah, et comment voulez-vous vous appeler désormais ? Roland Dupont. Mais enfin Monsieur Durand, il y a trois mois seulement que vous avez déjà voulu changer de nom ! Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Et bien voilà : quand je dirai ‘je m’appelle Roland Dupont’ et qu’on me dira ‘Dupont… Dupont… mouais… vous vous appeliez comment avant ?’, je pourrai répondre ‘Roger Durand’ !
Autre menace perçue face à l’affirmation d’une identité autre que la mienne : l’illusion de la pureté de mon identité qui voit l’altérité comme un risque d’altération et qui m’imposerait de rester éternellement identique. Aucune culture n’est pure. Aucune identité n’est figée !
Que d’autres pensent autrement, vivent autrement, croient autrement est pour certains une source d’inquiétude qui peut mener vers une nostalgie du passé- souvent idéalisé, d’une société plus homogène.
Ne pas confondre les minorités réelles avec l’impression d’être une majorité menacée, envahie, la crainte de devenir une minorité (les mouvements politiques identitaires, la théorie du Grand remplacement).
Certains peuvent se sentir déstabilisés par le contact avec l’autre. Pourtant, toutes mes rencontres m’ont montré le contraire ! Elles ne font que renforcer mon identité, tout en l’enrichissant !
Et par moments, c’est vrai qu’un repli identitaire est bienfaisant et nécessaire, c’est un refuge rassurant et solidaire : je ne suis pas seule dans ce monde incertain et angoissant, parfois même hostile.
Je me rattache à une communauté protectrice qui partage les mêmes concepts et les mêmes rites, avec laquelle je me sens confortée et pleinement comprise.
Les bons côtés de ma communauté me font ronronner, mais attention, je ne dois pas tourner en rond ! m’enfermer, ne pas passer du repli refuge au repli mépris (Nous et eux).
Car l’histoire de l’humanité montre au contraire que nos cultures sont le résultat de mélanges, d’influences ! J’ai été très émue d’apprendre qu’on a découvert récemment un extrait de l’Illiade… dans un sarcophage égyptien daté de 1600 ans avant J.C. !
Une autre menace encore de l’affirmation de mon identité : l’opposition entre universalisme et particularisme.
Krishnamurti, penseur indien du 20e siècle, a écrit :
« Lorsque vous vous dites Indien, Musulman, Chrétien, Européen, ou autre chose, vous êtes violents. Savez-vous pourquoi ? C'est parce que vous vous séparez du reste de l'humanité, et cette séparation due à vos croyances, à votre nationalité, à vos traditions, engendre la violence. Celui qui cherche à comprendre la violence n'appartient à aucun pays, à aucune religion, à aucun parti politique, à aucun système particulier. Ce qui lui importe c'est la compréhension totale de l'humanité. "
Revendiquer son identité serait donc une erreur, pire, une faute contre l’humanité ?
Je ne partage pas cette vision. Voyez par exemple le concept de négritude, développé dans les années 1930 par des intellectuels noirs francophones dont Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. Cette affirmation de la négritude doit-elle être condamnée ? Non.
Je pose la question : Où est l’humanité sans les Indiens, les musulmans, les chrétiens, les Européens, ou autre chose… De quoi alors serait composée l’humanité, sans eux ?
Penser que tout serait parfait si nous étions tous les mêmes, fondus en une humanité globale, abstraite, indistincte, neutre… est pour moi une illusion dans une vaine tentative pour échapper à la violence et aux injustices.
Amin Maalouf, auteur des Identités meurtrières, affirme notamment, en résumé, que forcer quelqu’un à renoncer à ses appartenances pour s’intégrer revient à mutiler son identité — et cette mutilation peut engendrer de la violence.
Oscar Wilde disait « Être en couple, c’est ne faire qu’un !... Oui, mais lequel ? » et je ne sais plus qui a dit « C’est bien dommage cet épisode de la Tour de Babel… ç’aurait été bien plus commode sans lui, nous aurions tous parlé français !! »
Je ressens cette approche du ‘citoyen du monde’ comme provenant d’une personne dont l’identité n’est pas menacée, qui appartient à une majorité suffisamment établie.
La dénonciation du ‘communautarisme’ ne vise que les minorités ! On ne conçoit pas de reprocher à la majorité d’être communautariste ! Et la majorité n’a pas vraiment besoin d’affirmer son identité, car c’est la normalité, car elle est dans l’air ambiant !
Mon fils Joseph n’a pas voulu participer à un mouvement de jeunesse. Après une après-midi d’essai, il m’a dit ‘plus jamais ! c’est trop bruyant, ça hurle sans arrêt !’. Quelques années plus tard, il m’a dit ‘tu sais, Maman, si j’avais été dans un mouvement de jeunesse, j’aurais voulu être dans un mouvement juif’. Ah, et pourquoi juif, spécialement ? ‘Pour me sentir comme tout le monde’.
Pour moi, l’identité est incontournable : nous sommes tous nés à un moment et dans un lieu précis, dans une famille déterminée. Par la suite, nous avons tous reçu une éducation, des influences, qui nous ont forgés.
À celui qui lui demandait « Êtes-vous d’abord un être humain ou d’abord un Juif ? », BHL a répondu « Être Juif, c’est ma manière d’être humain ».
Personnellement je dirais plutôt: Etre juive, c’est une de mes manières d’être humaine.
Pourquoi ?
Car j’ai d’autres identités que ma judéité ! Je suis une femme, blanche, une maman, bruxelloise, juriste, végétarienne, babyboomeuse… C’est la clé, selon Amin Maalouf : refuser de s’accrocher à une seule de nos identités, afin de partager nos manières d’être au monde avec un maximum de personnes.
Parfois, mon identité juive n’a aucune importance lors de la rencontre. Et c’est tant mieux !
Parfois, mon identité juive a de l’importance et doit être reconnue.
À nous de développer nos petites antennes de sensibilité pour savoir dans quel type de rencontre nous sommes…
Cette conception d’identités diverses réunies dans une seule personne est partagée par Delphine Horvilleur, une des premières femmes rabbin française.
Elle a proposé de célébrer tous ensemble, à côté de la fête de Pessah et de la fête de Pâque/Pâques, la fête du « Pas-que » : je ne suis pas que juive, pas que chrétienne, pas que musulmane… Déplions, multiplions nos identités et rassemblons nos valeurs communes ! Célébrons tout ce qui nous rassemble !
Cette vision me semble bien plus riche que celle d’une humanité uniformisée et fantasmée.
Bref, nous ne sommes pas tous les mêmes et c’est tant mieux !
Alors, nos identités, chemin de rencontre de l’autre ou d’opposition ?
Tout d’abord, quel est le chemin de la rencontre de l’autre ?
Accepter la diversité des identités en nous-même et chez l’autre est une clé, mais elle n’est pas la seule clé.
La véritable rencontre exige :
1) le respect mutuel (à savoir une relation sur un pied d’égalité, sans chercher à convaincre).
2) la confiance qui exclut la violence, qu’elle soit physique, bien entendu, mais aussi psychologique et symbolique : « je peux être moi-même sans crainte ».
Dans l’histoire d’Esther, il est question d’une femme et d’un peuple qui sont dépendant du pouvoir, du bon vouloir d’un homme, le roi Assuérus. Leur relation est loin d’être égalitaire, elle est hiérarchisée et soumise à l’arbitraire.
3) Il y a aussi le bon usage de la fierté
La première fois que mon fils a été invité à un anniversaire, il était encore tout petit et son père et moi l’avons vu parmi beaucoup d’autres enfants. En sortant de là, le tenant par la main, nous nous sommes dit ‘c’est le plus beau, le plus chouette, le meilleur, le top !’ Et puis, je me suis dit ‘j’espère vraiment que tous les parents diront la même chose à propos de leur enfant’…
On parle peu de la fierté. Elle est souvent mal vue. Et pourtant, elle peut être moteur vers le bien, elle nous oblige à bien nous comporter, à être digne, à la hauteur de cette fierté.
Soyons fiers de nos identités !
Et il y a un autre usage de la fierté : ‘L’autre n’est pas intéressant, il n’a rien à m’apporter, donc pourquoi devrais-je le rencontrer ? Je n’ai pas besoin de le connaître pour le respecter (ce qui est vrai), donc chacun chez soi, chacun pour soi et tout ira bien.’ C’est respectable, mais peu propice à la rencontre.
4) Soyons curieux, la curiosité est une belle qualité (cura = soin), c’est une façon de prendre soin du monde comme je le dis aux élèves qui viennent visiter ma synagogue.
Même si sa propre conviction est un puits sans fin d’étude et d’activités, gardons un espace pour tenter de comprendre l’autre.
5) La curiosité implique l’écoute attentive !
Nous avons tendance à nous raccrocher trop vite ce que nous entendons à ce que nous connaissons déjà, à faire trop vite des liens avec ce que nous découvrons chez l’autre. Par exemple, ne pas dire immédiatement « ah oui, Pessah c’est Pâques, Chavouot, c’est la Pentecôte » comme j’entends parfois.
Non, Pessah n’est pas Pâques, Chavouot n’est pas la Pentecôte ! C’est différent et c’est tant mieux, puisque le sens juif des fêtes juives pourra peut-être enrichir le sens chrétien des fêtes chrétiennes.
De même, lorsque j’entends des musulmans dire « Abraham, Moïse, Joseph de la Torah, Jésus et Marie sont dans le Coran », je réagis : « votre lecture de ces personnages et de leur message n’est pas la mienne, ou du moins pas tout à fait », et, là encore, c’est tant mieux !
Autre exemple, lors d’une rencontre avec des élèves, un élève musulman a questionné au sujet des statues dans les églises, condamnées pour idolâtrie. Je lui ai répondu qu’il faut écouter ce que des catholiques ressentent lorsqu’ils allument une bougie prient devant une statue, le sens qu’ils donnent à ces pratiques et ne pas les qualifier d’idolâtrie d’emblée.
Car l’écoute attentive permet aussi de comprendre qu’à l’intérieur même de chaque tradition, une très grande diversité règne, ce qui est souvent perdu de vue.
Je me souviens de Sœur Marie-Pierre, des Sœurs Notre-Dame de Sion. Elle prenait l’image de l’atterrissage. Quand vous êtes encore très haut, vous ne voyez que des étendues uniformes : vertes pour les forêts, ocre pour les déserts, bleues pour l’océan… Et au plus on se rapproche du plancher des vaches, au plus vous apercevez des détails : un ruisseau, une oasis, un bateau…
Il en va de même des convictions : au plus vous parlez, au plus vous découvrez des singularités… et des similitudes avec votre propre conviction.
Dans chaque tradition, vous trouverez des mystiques, des légalistes, des littéralistes, des rigoristes, des réformistes, des modernistes, des sinistres… Il faut également exclure la concurrence victimaire, qui est un obstacle majeur à l’écoute. Écartons toute compétition, il n’y a pas de vainqueur au jeu de ‘qui souffre le plus’. Chaque drame a ses particularités. Chaque douleur est réelle. Si je suis solidaire de l’un, je ne dois pas pour autant nier la souffrance de l’autre.
Lors d’une rencontre, une dame a déclaré ‘Y a pas que les Juifs qui ont souffert, moi, dans ma famille, nous avons une personne lourdement handicapée, c’est terrible aussi’. Et la réponse : « oui, c’est terrible, Madame, mais vous savez, il y a aussi des personnes lourdement handicapées chez les Juifs…
La véritable rencontre suppose donc le respect mutuel, la confiance, la fierté bien comprise, la curiosité, l’écoute attentive.
Quant à l’opposition, elle n’est pas négative en soi.
Dans le judaïsme, il est fréquent que deux interprétations s’opposent et c’est considéré comme un bien, pour autant que la querelle vise à progresser ensemble dans la compréhension et non pas à écraser l’autre, de quelque manière que ce soit.
On peut être d’accord de ne pas être d’accord.
Pour conclure : Rencontre ou opposition ? Cela dépend de nous !
L’important n’est pas seulement de dire « Voilà qui je suis », mais aussi « Voilà comment je viens à ta rencontre… Qui es-tu ? »
Enfin, je termine avec un autre personnage qu’il est très intéressant de comparer à Esther : le Joseph de la Torah.
Lui aussi va révéler son identité, mais la situation est inversée. Ici, Joseph a le pouvoir et ce sont ses frères qui dépendent de lui et de son bon vouloir. Ses propres frères ne le reconnaissent pas, c’est dire à quel point son identité est cachée ! L’assimilation à la culture égyptienne semble parfaite : il est habillé en égyptien, il parle la langue égyptienne, il porte les insignes du pouvoir.
Alors qu’il est devenu le vice-roi d’Égypte, le pays le plus puissant de l’époque, face à des étrangers menacés de famine et accusés de vol, Joseph va descendre de son piédestal, il va restaurer le lien alors qu’il aurait pu facilement se venger.
Gen 45 : 1 Joseph ne put se contenir, malgré tous ceux qui l'entouraient. Il s'écria : "Faites sortir tout le monde d'ici !" Et nul homme ne fut présent lorsque Joseph se fit connaître à ses frères. 2 II éleva la voix en pleurant. (…) 3 et il dit à ses frères : "Je suis Joseph ; mon père vit-il encore ?" Mais ses frères ne purent lui répondre, car il les avait frappés de stupeur. 4 Joseph dit à ses frères : "Approchez-vous de moi, je vous prie." Et ils s'approchèrent. II reprit : "Je suis Joseph, votre frère que vous avez vendu pour l'Égypte. 5 Et maintenant, ne vous affligez point, ne soyez pas irrités contre vous-mêmes de m'avoir vendu pour ce pays ; (…) 7 Le Seigneur m'a envoyé avant vous pour vous préparer une ressource dans ce pays et pour vous sauver la vie par une conservation merveilleuse. »
En dévoilant son identité, Joseph dévoile aussi sa fraternité.
C’est cela que je souhaite à tous : que nos identités n’effacent pas la fraternité, qu’elles en deviennent le chemin !
Anne de Potter









Commentaires